La mort programmée des internats de réussite éducative
Une nouvelle fois, le gouvernement favorise la ségrégation scolaire dans les banlieues et les quartiers populaires des grandes villes.
En annonçant l’objectif d’ouvrir 20000 places d’internats d’excellence à l’horizon 2012, contre 6000 à la rentrée 2010 Fadela Amara et Luc Châtel ont fait de ces internats l’outil privilégié de leur intervention dans le domaine éducatif en direction des quartiers de la politique de la ville et des zones d’éducation prioritaire.
Selon les termes des ministres, ces établissements ont vocation à accueillir, des collégiens et lycéens « méritants », « volontaires » « des élèves à bon potentiel » « sans problème de comportement » issus des établissements des zones d’éducation prioritaires.
Créer un dispositif pour les 6000 élèves « excellents » ou « méritants » ne fait pas une politique éducative juste pour les 500 000 scolarisés en Zone urbaine sensible.
En premier lieu, ce dispositif est en contradiction avec les politiques publiques de rénovation urbaines en œuvre dans les quartiers dont sont issus ces jeunes. Alors que les efforts sont faits, en particulier avec l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine, pour faire plus de mixité sociale en rénovant et en diversifiant le bâti, il va renforcer les phénomènes de ségrégation scolaire déjà accélérés par l’assouplissement de la carte scolaire. Il va priver les établissement de ces quartiers de jeunes qui y jouent un rôle moteur positif, et nuire à l’hétérogénéité des classes qui reste le meilleur moyen de faire progresser tout le monde. Ceux qui ne « mériteront » pas d’accéder à ces internats resteront entre eux dans des établissements de zones d’éducation prioritaire sans moyens supplémentaires. Ce dispositif va en réalité à l’encontre de l’objectif de plus de mixité sociale à l’école en voulant « exfiltrer » les élèves « motivés » issus des quartiers populaires.
Ces internats rompent également avec les principes de l’éducation prioritaire. Ils sont un renoncement à l’objectif de faire réussir tout les enfants et à la mise en œuvre d’actions revendiquées de lutte contre les inégalités et la ségrégation scolaire. Cette politique ne cherche pas les causes de l’échec scolaire pour le réduire, elle ne fait que le constater et renonce à agir pour la grande majorité. Elle ne cherche pas à interroger le fonctionnement du système éducatif, à renforcer les moyens éducatifs dans ces zones, à inciter à de nouvelles pratiques pédagogiques. Elle dit aux jeunes de ces quartiers « si vous voulez réussir, changez d’école» voire « changez de quartier ».
Au regard des restrictions de moyens qui sont le lot commun des établissements, de la suppression de dizaine de milliers de postes d’enseignants dans l’éducation nationale, les sommes consacrées à un tout petit nombre d’élève est choquante. Elle l’est aussi parce que l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (acsé) va réduire ou supprimer, au nom de cette priorité gouvernementale, les financements à d’autres structures éducatives comme les internats de réussite éducative.
Les villes de Lyon et de Saint-Denis, comme 7 autres villes, ont, dans le cadre du programme de réussite éducative instauré en 2005 par l’Etat, ouvert et développé un autre type d’internats destinés à des enfants et préadolescents rencontrant des difficultés scolaires et familiales. Ces internats de réussite éducative ont vocation à intervenir de manière préventive lorsque les professionnels de l’école, les travailleurs sociaux et les parents perçoivent que le cadre habituel de la classe et/ou de la famille ne pourra apporter toutes les réponses à hauteur des difficultés rencontrées par l’enfant. En étant ouvert aux élèves de primaires et aux collégiens ils visent un traitement en amont des difficultés et inégalités d’apprentissages sources aux collèges des phénomènes de décrochages scolaires.
Les internats de réussite éducative ont une utilité très différente des internats d’excellence en luttant contre l’échec et le décrochage scolaire. Ils ne sont pas les seuls outils mais leurs bilans montrent que les enfants et préadolescents accueillis, sont replacés en situation d’apprentissage et en capacité de dépasser les situations de conflits, au sein de la famille et/ou de la classe.
Ces expériences sont aujourd’hui condamnées par la priorité du gouvernement aux internats d’excellence. A Saint-Denis et à Lyon en deux ans ce sont près de 70 % du financement qui vont être supprimé.
Parce que nous pensons qu’il n’y a pas de fatalité à l’échec scolaire, les villes de Lyon et de Saint-Denis se sont engagées dans le programme de la réussite éducative. Avec les responsables locaux de l’éducation nationale nous avons construit ces structures, nous les avons fait évoluer. Aujourd’hui elles répondent à des besoins exprimés par les parents, les jeunes et les professionnels.
Nous invitons donc le ministre de l’Education nationale et le ministre de la Ville à venir le constater en visitant ces structures et à prendre conscience de la perte que représenterait la disparition de ces structures. Nous demandons le rétablissement du financement des internats de réussite éducative et les moyens de leur pérennisation.
Tribune de David Proult, adjoint au Maire de Saint Denis (délégué à l'enseignement maternel et primaire, à l'enseignement secondaire, aux Universités), et Yves Fournel, adjoint au Maire de Lyon (délégué à l’éducation, la petite enfance, la place de l’enfant dans la ville),
Le 24 novembre 2010
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